Deutsch
auf Deutsch



Le 22e régiment d'infanterie de ligne en 1815.


Voici (un grand Merci à une dame gentile pour la transcription) ce qui nous en raconte l'Historique résumé du 22e régiment d'infanterie. (Montélimar 1893), sur les pages 37-39:

Le 22e pendant les Cent-Jours

Après l'abdication de Napoléon, une ordonnance royale réduisit à 90 le nombre des Régiments d'Infanterie de Ligne ; cette organisation ne fut jamais terminée.

Bataille de Fleurus. Pendant les Cent-Jours, le Régiment fit partie du 3e corps (10e division, 2e brigade) et contribua sous les ordres de Vandamme à la victoire de Fleurus (16 juin 1815). Le 3e corps, renforcé d'une division du 2e, avait pour mission de s'emparer du village de St-Amand, où Blücher marchant en personne à la tête de ses réserves parvint à la reprendre. La division Giraud, du 2e corps, s'avança à son tour et après un combat opiniâtre, où ce général fut mortellement blessé, le village resta entre nos mains. Vers 5 heures, le 3e corps s'empara de La Haye, pendant que Napoléon faisait attaquer vigoureusement Ligny. Cette bataille, qui avait duré jusqu'à la nuit close, avait eu pour résultat de séparer l'armée prussienne de l'armée anglaise. Les pertes du 22e étaient de quelques hommes ; un officier et plusieurs soldats avaient été tués.

[Nota:] De 1852 à 1870, le nom de Fleurus fut, indépendamment des quatre actuellement existants, un des noms de victoires inscrits sur le drapeau du 22e. La bataille de Fleurus est aussi appelée bataille de Ligny.

Combat de Wavres [Wavre]. Le 18, Grouchy, auquel l'Empereur avait onné l'ordre de poursuivre les Prussiens dans la direction de Wavres, essaie de s'emparer de cette ville et du moulin de Lierge [Bierges], où le Régiment subit des pertes assez fortes, parmi lesquelles 2 officiers tués et 1 blessé.

Mais, pendant que cette petite armée (3e et 4e corps) s'épuise en efforts inutiles, Napoléon est vaincu à Waterloo. Après avoir battu en retraite sur Paris, le 22e est envoyé à Cahors, où il arrive le 18 septembre et est licencié le même jour. Le dépôt s'était rendu à Neuville et avait été licencié le 17 septembre. On ne garda de l'ancien corps que le conseil d'administration et quelques vieux soldats qui servirent à la formation de la légion du Loiret (depuis 48e Régiment de Ligne).

Le colonel du régiment en 1815, Louis-Florimond Fantin des Odoards, nous en a laissé des notes intéressantes, dans son Journal du général (Louis-Florimond) Fantin des Odoards : Étapes d'un officier de la grande armée 1800-1830. publié à Paris en 1895. On y lit (pp. 426-453):

Couvins [= Couvin] (Ardennes), 11 juin 1815.

J'étais depuis deux semaines à Hautbourdin lorsqu'un ordre ministériel m'a enjoint de passer au commandement du 22me d'infanterie de ligne à Mézières. J'avais conçu quelque espérance de reprendre celui de mon 25me bien-aimé que m'avait injustement ôté la Restauration; aussi n'ai-je pas reçu ma nouvelle mission avec autant de plaisir qu'elle devait m'en causer. Dans la lutte sérieuse qui se prépare, il n'est pas peu important pour un chef de commander à des hommes qu'il connaît et dont il est connu. N'importe, là ou là, je ferai mon devoir.

Mon nouveau régiment a d'abord été promené de cantonnement en cantonnement dans tous les villages des Ardennes autour de Rocroy, et enfin il s'est arrêté à Couvins, où il se repose depuis le 18 du mois dernier, si toutefois c'est se reposer que de faire l'exercice et de manœuvrer du matin au soir.

Ce matin a eu lieu une imposante cérémonie. Le 22me régiment ayant reçu de Paris l'aigle que l'Empereur lui confie et qui bientôt, selon toute apparence, doit recevoir sur le champ de bataille une autre consécration, cette nouvelle enseigne, tout fraîchement sortie de l'atelier du doreur, a été solennellement bénie dans l'église de Couvins; puis chaque soldat, en la touchant de la main, a juré individuellement de la défendre jusqu'à la mort. Après la cérémonie religieuse, le régiment étant formé en carré, j'ai prononcé une allocution dans laquelle, après avoir évoqué les vieux souvenirs de gloire du 22me de ligne, j'ai manifesté l'espoir de lui voir dignement soutenir sa réputation pendant la campagne qui va s'ouvrir. Mes chaudes paroles ont été accueillies par un enthousiasme d'heureux augure.

La réception de cette aigle, encore vierge, a réveillé en moi les regrets que j'ai éprouvés, il y a quelques mois, quand une prudence que je'déteste m'a fait la loi de sacrifier l'aigle du 25me, conservée avec tant de sollicitude et rapportée par moi du fond de la Hongrie. Oh! si aujourd'hui je pouvais aller la présenter à l'Empereur.

Sur cette partie de notre frontière, les troupes se pressent de toute part. A un tel encombrement, il est facile de juger que nous touchons aux hostilités. Les armées prussienne et anglaise sont, dit-on, devant nous, et probablement elles ne se concentrent pas moins. Il faut sans doute en finir avec elles avant l'arrivée d'autres alliés. Nos régiments sont beaux et animés du meilleur esprit; l'Empereur nous dirigera; espérons que nous prendrons dignement notre revanche. En avant donc, et que Dieu protège la France!

A l'instant, je reçois l'ordre de porter mon régiment, ce soir même, au village de Nisme, non loin de Couvins.

Jargeau (sur la Loire), 13 juillet 1815.

Je n'ai pas eu le bonheur d'être tué pendant la campagne si courte et si fatale qui vient de ramener l'ennemi dans Paris; et j'existe pour assister aux funérailles de notre malheureuse patrie. C'est bien pis que la mort. Après la journée de Pavie, François 1er disait: Tout est perdu fors l'honneur. Nous n'avons pas même cette dernière consolation: tout est perdu, même l'honneur. Lâcheté, impéritie, trahison, apathie, il y a de tout cela dans les causes de notre ruine. Qu'il est sombre l'avenir!

Je suis ici sur la rive gauche de la Loire, avec ce qui reste de mon corps d'armée, et, sous nos yeux, les Prussiens rançonnent à leur aise la rive droite. C'est à en mourir de honte et de douleur. Mais il n'y a plus de patriotisme en France. Ce feu sacré qui anime encore pour leur désespoir, un petit nombre de soldats dont on a lié les mains et qui n'ont plus de chef, est éteint dans tout autre cœur. Nous somme mûrs pour l'esclavage.

Allouis (Cher), 22 juillet 1815.

Les débris de Waterloo, qui forment aujourd'hui ce qu'on nomme l'armée de la Loire, sont toujours en route à travers nos provinces intérieures, sans savoir où ils s'arrêteront et quel sort leur est réservé. Je profite d'un jour de halte pour mettre en ordre mes souvenirs. Jamais je ne jetai derrière moi un regard aussi triste.

Le 12 juin, mon régiment avait été porté de Nisme à Dailly.

L'ordre de mouvement annonçait que nous resterions là plusieurs jours; mais, le 13, le 3e corps d'armée, dont le 22e régiment fait partie, ayant été rassemblé comme pour une revue de son commandant en chef, le général Vandamme, s'est ébranlé tout entier vers l'extrême frontière, laissant Chimay à un quart de lieue [ca. 1 km, une lieue commune a 4443,80 mètres] sur la gauche et traversant la forêt de Fagne. Cette marche, lente et pénible parce que la colonne était forte de 15 mille hommes de toutes armes, nous a conduits à demi-lieue [ca. 2 km] au delà de Beaumont. Là nous avons passé la nuit au bivouac. La petite ville de Beaumont, dans une position assez pittoresque sur une éminence, est environnée de vieux remparts en ruines.

Le 14, une contre-marche nous a ramenés sous Beaumont, d'où le corps d'armée est allé bivouaquer à une lieue [ca. 4,5 km] plus loin dans une autre direction, en avant de Barbançon.

Le 15, on lit à chaque régiment une proclamation de l'Empereur annonçant que nous allons entrer en Belgique pour y combattre les Prussiens. En effet, nous dépassons notre frontière, nous franchissons la Sambre à Charleroy, ville jadis forte, bâtie et nommée par les Espagnols, et peu après un corps prussien, en retraite devant nous, est chargé avec impétuosité par notre cavalerie légère qui lui fait éprouver une perte d'un millier d'hommes tués, blessés ou prisonniers. Harassés par une marche forcée que retardait l'encombrement résultant de la concentration des troupes, nous avons, à la nuit, établi nos bivouacs en arrière de Fleurus, lieu que trois victoires françaises ont rendu célèbre. Toutes nos forces se trouvaient là. L'Empereur et sa Garde étaient à Charleroy. Un corps prussien occupant Fleurus, les deux armées étaient en présence.

Le soleil du 16 a éclairé une glorieuse journée; mais c'était comme un de ces moments de bien-être et d'espoir qui trompent un malade à son lit de mort, la dernière lueur d'un flambeau prêt à s'éteindre. L'affaire n'a commencé que vers 3 heures de l'après-midi. L'aile gauche était commandée par le maréchal Ney, l'aile droite par le maréchal Grouchy, au centre était mon corps d'armée. La réserve se composait de la Garde impériale et des cuirassiers du général Milhaud. L'armée prussienne, seule en ligne, était, dit-on, forte de 85 mille hommes. Nous en comptions davantage, mais par suite d'un mouvement opéré par l'aile gauche, nous n'avons eu d'engagés qu'environ 60 mille hommes. Après avoir dépassé Fleurus, que l'ennemi n'a pas défendu, nous l'avons trouvé bien posté en arrière de ce bourg. Notre corps d'armée a été le premier aux prises. Ses efforts ont eu pour principal théâtre les environs du village de Saint-Amand, où l'on s'est battu avec acharnement jusqu'à 8 heures du soir. Sans entrer dans des détails stratégiques qui me mèneraient trop loin, je me borne à dire que, malgré une vive et honorable résistance, l'armée prussienne a été battue sur tous les points, et qu'à la nuit elle était en pleine retraite, abandonnant 40 pièces de canon, ses blessés, des bagages et plusieurs drapeaux. Sa perte est estimée à 20 mille hommes, la nôtre à 8 ou 9 mille. Le feld-maréchal Blùcher, jeté à bas de son cheval dans un moment de déroute de sa cavalerie, a failli être pris. Les résultats eussent été plus grands encore si l'action eût commencé plus tôt. L'obscurité a favorisé la retraite.

J'ai dit tout à l'heure que notre aile gauche n'avait point pris part à la bataille de Fleurus. Elle s'était dirigée vers l'armée anglaise qui s'avançait pour se réunir aux Prussiens. L'affaire partielle qui a eu lieu de ce côté, ce même jour 16, a été sanglante, mais peu décisive. Anglais, Belges et Hanovriens y ont perdu de 4 à 5 mille hommes, et nous à peu près autant. Le duc de Brunswick y a été tué et le prince d'Orange blessé. De part et d'autre, les troupes ont montré, dit-on, une grande valeur.

J'ai eu lieu d'être satisfait de la conduite de mon nouveau régiment dans cette brillante journée. Après avoir délogé les Prussiens de Saint-Amand, vers lequel ils dirigeaient incessamment de nouvelles attaques, la brigade qu'il forme avec le 70e de ligne ayant dû se déployer au delà de ce village, afin de le couvrir, la cavalerie ennemie est venue pour l'entamer et nous nous sommes disposés à la recevoir en carrés par régiment et en échiquier. Le 70e était à ma gauche, et les Prussiens se dirigèrent d'abord sur lui avec assez de résolution. Je crois cependant qu'ils n'eussent pas poussé leur charge à fond; mais, sans les attendre, ce malheureux régiment, intimidé, lâcha pied, et fut aussitôt assailli et sabré. Si cette terreur panique avait gagné mon 22e, la brigade était perdue; mais il tint bon, repoussa vigoureusement la charge exécutée à l'instant sur lui, couvrit la plaine d'hommes et de chevaux abattus par un feu bien dirigé, et le mal fut réparé. Les fuyards du 70e purent se rallier derrière mon carré, et bientôt ils reprirent leur place à ma gauche dans le même ordre qu'auparavant. Plus affriandés par le peu de solidité du 70e que contenus par mon attitude et mes coups de fusil, d'autres corps de cavalerie prussienne essayèrent encore contre nous de nouvelles charges; mais cette fois le 70e, animé par la voix de son excellent colonel, M. Maury, fit son devoir, et les assaillants furent constamment repoussés et fort maltraités. Voyant leurs efforts inutiles, les Prussiens, favorisés par un pli de terrain, firent avancer deux pièces de canon qui nous envoyèrent de la mitraille jusqu'au moment où un coup de collier général, auquel prit part la réserve, c'est-à-dire la Garde impériale, balaya enfin le champ de bataille et nous donna la victoire. Tout cela ne s'est pas passé sans perdre du monde. Le 70e, duement sabré, a vu ses rangs fort éclaircis; mon 22e a eu 26 morts, dont un officier, et 194 blessés, dont 8 officiers.

Une nuit de bivouac sur le champ de bataille a terminé cette belle journée.

Le lendemain 17, le 3me corps, averti qu'il allait avoir le bonheur d'être passé en revue par l'Empereur, était, au point du jour, formé sur une ligne par régiment en masse. Arrivée par la gauche de cette ligne, Sa Majesté mit pied à terre et s'achemina lentement d'un corps à l'autre, s'arrêtant pour parler à chaque colonel et lui faire ses questions habituelles. Je n'avais pas revu l'Empereur depuis le jour où il fit de moi un colonel, il y a bientôt deux ans, et que d'événements depuis cette époque! Aussi, quand je l'aperçus, mon cœur battit avec encore plus de force qu'il n'a coutume de le faire en sa présence. M'étant avancé jusqu'à l'extrémité de ma colonne, du côté de celle formée par le 70me régiment, je prêtai l'oreille, et j'entendis: « Combien d'hommes présents? - Tant, Sire. - Votre régiment n'a pas tenu hier devant la cavalerie prussienne. - Sire, j'ai beaucoup de jeunes soldats qui n'avaient jamais vu l'ennemi et qui ont été intimidés; mais le désordre a été bientôt réparé. - Oui, mais sans le 22me qui était à votre droite et qui a bien fait son devoir, jusqu'où seriez-vous allé? Bonjour, colonel Maury, réparez cette faute. »

- Et le pauvre colonel, rouge, embarrassé, ne trouva plus un mot à dire.

En quittant le 70me, l'Empereur avait une figure sévère. Il se dérida en s'approchant de moi à petits pas, les mains derrière le dos, et quand je l'eus salué de mon épée, je lui trouvai l'air bienveillant. Après avoir attentivement fixé sur moi son regard d'aigle: « Je vous connais; vous sortez de ma Garde?

- Oui, Sire, j'ai eu l'honneur d'en faire partie, et je vous dois tous mes grades. - Bien. Combien d'hommes présents?

- 1830, Sire. - Combien en avez-vous perdu hier? - 220. - J'ai vu du moulin votre contenance devant l'ennemi. Vous avez bravement repoussé ses charges. C'est bien, nous nous reverrons. Les Prussiens ont abandonné beaucoup de fusils sur le champ de bataille; qu'en fait-on? - Sire, nous en faisons des jambons, suivant la coutume (expression militaire qui indique qu'on détruit l'arme, en en séparant la crosse). - Vous avez tort, grand tort. J'ai donné ordre de recueillir soigneusement ces fusils pour en armer nos gardes nationales dans l'intérieur, et l'artillerie est chargée de compter aux soldats qui en font la remise trois francs pour chaque arme ainsi conservée. - Sire, cet ordre ne m'a point encore été communiqué. » - Se tournant alors vers le groupe doré qui le suivait: « Vous l'entendez, un ordre aussi important n'est pas encore connu; qu'on y remédie, et au plus tôt. Adieu, colonel, je suis content de vous et de votre régiment. »

Cela dit, l'Empereur passa à un autre régiment, vers ma droite, et peu à peu il s'éloigna tout à fait. Je ne l'ai plus aperçu depuis cette courte apparition, et Dieu sait si jamais elles doivent se réaliser, ces paroles de bonté et d'espoir sorties de sa bouche en me parlant: Nous nous reverrons!

Allouis (Cher), 23 juillet 1815.

Je continue le récit commencé hier.

Le feld-maréchal Blücher, si maltraité la veille, était en pleine retraite, immédiatement après la revue passée à la hâte par l'Empereur, les 3me et 4me corps, la division Teste du 6me corps et la cavalerie Excelmans et Pajol eurent ordre de suivre les Prussiens, tandis qu'avec le gros de l'armée S. M. marchait elle-même vers la gauche pour en finir avec Wellington. De cette séparation ont résulté nos désastres. Le maréchal Grouchy, qui avait le commandement de cette aile droite, laquelle était forte de 32 mille hommes et de plus de 100 bouches à feu, mit une telle lenteur dans son mouvement, qui demandait une grande célérité, qu'à Gembloux, petite ville belge, à 2 lieues [ca. 9 km] seulement du champ de bataille de la veille, il fallut s'arrêter parce qu'on avait perdu les traces de l'armée prussienne, et qu'on ne savait si elle se dirigeait sur Bruxelles ou sur Liège. On bivouaqua en avant de Gembloux, dont la population nous accueillit au son de toutes ses cloches, et aux cris de vive l'Empereur! ce qui, par parenthèse, n'empêcha pas nos pillards d'y commettre mille désordres.

Dans la nuit, des renseignements certains ayant enfin appris que c'était vers Bruxelles qu'avaient marché les Prussiens, nous primes cette direction au point du jour. Parvenus à Wavre, ville sur la Dyle, nous les y trouvâmes en position et aussitôt on en vint aux mains. Au lieu de passer la Dyle au-dessus ou au dessous de Wavre, où elle est guéable en maint endroit, le général Vandamme, chargé de la franchir pour débusquer l'ennemi, voulut, dans la ville même, emporter un pont soigneusement barricadé et protégé par des milliers de tirailleurs postés dans les maisons de l'autre rive. Il fallait tourner cette forte position; mais ce général s'entêta à l'aborder de front avec des masses qui, engagées dans une longue rue perpendiculaire au pont, recevaient tout le feu des Prussiens sans pouvoir utiliser le leur. Nous perdîmes là beaucoup de monde infructueusement. Le 70me régiment, le même qui avait été déconfit deux jours auparavant, ayant été chargé de déblayer le pont sous une grêle de balles, y fut mis en déroute. Ramené par son colonel, il hésitait encore quand ce brave Maury, saisissant son aigle, s'écria: « Comment, canaille, vous m'avez déshonoré avant-hier, et vous récidivez aujourd'hui! En avant. Suivez-moi! » - Son aigle à la main, il se précipite sur le pont, la charge bat, le régiment le suit; mais à peine est-il aux barricades que ce digne chef tombe mort, et le 70me fuit de plus belle, et si rapidement que sans le secours d'hommes de mon 22me l'aigle qui était à terre, au milieu du pont, à côté de mon pauvre camarade étendu sans vie, allait devenir la proie des tirailleurs ennemis qui déjà cherchaient à s'en saisir.

Sur d'autres points, nos attaques d'une rive à l'autre de la Dyle n'eurent pas plus de succès, parce qu'elles furent mal combinées, mollement exécutées et le terrain mal étudié. Vers la nuit, cependant, on parvint à passer la rivière au dessus de Wavre. Il était trop tard.

Le général Vandamme convint, le lendemain, qu'il avait commis là une faute; mais le mal était fait. Il est d'autant plus à déplorer qu'on ait aussi mal employé un temps précieux que la perte de la bataille de Waterloo n'a pas d'autre cause. Pendant que les Prussiens nous amusaient ainsi par un rideau de tirailleurs et nous tenaient en échec, leurs masses principales, favorisées par un terrain montueux et boisé qui les dérobait à nos yeux, marchaient au secours des Anglais, et leur brusque apparition sur le flanc droit de notre armée, aux prises avec Wellington, changea en une inconcevable déroute une victoire déjà certaine. Il eût encore été temps, à midi, de faire un mouvement général dans la direction de Waterloo. En opérant ainsi avec rapidité, les Prussiens, pris entre deux feux, eussent été anéantis, et la Belgique entière était à nous. Si cette manœuvre n'a pas été exécutée, ce n'est pas la faute des officiers généraux qui environnaient le maréchal Grouchy, lesquels jugeaient bien, à l'épouvantable canonnade qui retentissait comme un roulement de tonnerre non interrompu, que notre coopération était là nécessaire. A toutes leurs instances, le maréchal a constamment répondu: l'Empereur m'a donné ordre de pousser jusqu'à Wavre et d'y attendre ses instructions, et je ne bougerai pas d'ici. Comme si, à la guerre, il n'y avait pas des circonstances non prévues qui veulent un changement subit de résolution; comme si le premier devoir d'un général n'était pas de ne jamais perdre de vue l'ennemi qu'il est chargé de poursuivre. D'ailleurs n'était-il pas évident que les Prussiens ne cherchaient qu'à se réunir à leurs alliés? C'est cette jonction qu'on devait avant tout empêcher, car c'est elle qui devait tout perdre, l'Empereur n'étant plus assez fort pour soutenir les efforts réunis de ses adversaires, depuis qu'il avait fait la faute de séparer de lui 32 mille hommes et la plus grande faute d'en confier le commandement à M. le marquis de Grouchy.

Cette sotte et molle attaque sur Wavre et la longue fusillade qui l'a suivie nous ont au reste coûté assez de monde. Mon 22me y a perdu 146 hommes, d'autres régiments bien davantage. Les généraux Alix et Penne y ont été tués; les généraux Gérard et Habert, blessés.

Mécontents de nous-mêmes, et fort inquiets sur le résultat de la vive et longue canonnade entendue, pendant la journée, du coté de Mont-Saint-Jean, laquelle n'avait cessé que vers le soir, nous avons passé la nuit suivante au bivouac aux portes de cette malheureuse ville de Wavre, que dévorait l'incendie allumé pendant le combat.

En marchant ainsi vers Mont-Saint-Jean à notre insu et à notre barbe, manœuvre hasardeuse mais habile, qui nous a fait battre à Waterloo, les Prussiens avaient laissé un faible corps devant nous pour nous donner le change. Le 19, au matin, nous eûmes encore à échanger avec lui quelques coups de fusil; mais bientôt il disparut tout à fait et un sinistre silence s'établit sur ces campagnes, dont le sol tremblait la veille au bruit des détonations de l'artillerie. Nous en étions là lorsque, vers onze heures, notre commandant en chef, ayant appris enfin la fatale nouvelle par un officier d'état-major miraculeusement échappé aux coureurs de l'ennemi, maîtres de tout le pays, jugea convenable d'opérer au plus vite sa retraite sur notre frontière. Ce mouvement, devant une armée victorieuse qui pouvait à chaque instant nous tomber sur les bras, était aussi indispensable que dangereux. Le maréchal avait sous la main des forces imposantes et une nombreuse artillerie; mais il était en l'air, sans appui, et on sait ce que sont trop souvent les Français en retraite et le lendemain d'une défaite. Cette marche rétrograde, quoique précipitée, se fit avec ordre, sur deux colonnes, dans la direction de Namur. L'ennemi ne parut nullement dans la journée, et, à la nuit, nous étions à un quart de lieue [ca. 1 km] de Gembloux, où nous fîmes une halte de peu d'heures, sans feux, et dans le même ordre que nous avions en mouvement.

Le lendemain, vers une heure du matin, sans bruit aucun, notre armée se remit en route, triste et silencieuse. Quelque bonne volonté que nous eussions de hâter le pas, nous ne le pouvions. La cavalerie et l'artillerie, qui suivaient nécessairement les chaussées, cheminaient encore à peu près à l'aise; mais la pauvre infanterie, allant à travers champs par une nuit sombre et rencontrant à chaque pas des haies et des fossés, n'avançait qu'en désordre et très péniblement. A pied même et empêtré dans mes grandes bottes à l'écuyère, car il n'y avait pas moyen de rester à cheval, je marchais avec une peine infinie dans des terres labourées, et j'avais fait ainsi mainte culbute, quand enfin le jour vint à poindre. Si, dans ce moment, l'ennemi se fût montré, il n'y avait nulle résistance possible. L'infanterie s'était tellement mêlée, non seulement de compagnie à compagnie, mais de régiment à régiment, qu'il fallut perdre plus d'une heure à y mettre quelque ordre. Il était grand jour quand, les rangs à peu près rétablis, on put se remettre en mouvement. Déjà nous apercevions les hauteurs de Namur qui allaient nous offrir un bon point d'appui, quand tout à coup deux coups de canon se firent entendre à notre arrière-garde. Ce bruit plait au soldat quand il va à l'ennemi; il déride toutes les physionomies; mais en retraite, et dans la situation d'esprit où nous avait mis le revers inouï de Waterloo, qui n'était plus un mystère pour nos subordonnés, quelque soin qu'on eût pris de le leur cacher, il produisit un effet tout contraire: Les voilà! disaient avec anxiété ces mêmes hommes qui trois jours auparavant affrontaient les Prussiens avec ardeur. Chargée avec impétuosité, l'arrière-garde, sur laquelle ces deux coups avaient été tirés, fut d'abord mise en désordre et se vit enlever deux pièces de canon qu'elle avait avec elle. Heureusement le mal ne se propagea pas et fut bientôt réparé. La partie de notre colonne qui était en tête atteint Namur au pas de course; les troupes qui sont en queue font volte-face; une charge brillante de notre cavalerie sur l'avant-garde prussienne culbute celle-ci et lui enlève non seulement les pièces que nous venions de perdre, mais encore un de ses obusiers. Ce début était d'un heureux présage. Etonnés d'une résistance inattendue, les Prussiens se sont arrêtés pour se renforcer de ceux qui les suivaient, et nous avons mis à profit leur hésitation pour occuper en force Namur, placer de l'artillerie partout où elle pouvait servir, barricader les ponts, les portes, les issues, enfin faire tout pour arrêter l'ennemi. Namur, autrefois place de guerre prise et reprise pendant nos vieilles guerres avec les maîtres des Pays-Bas, est aujourd'hui démantelée; mais sa position au confluent de la Sambre et de la Meuse, entre deux montagnes et à l'entrée d'un long défilé qui conduit en France, en fera toujours un point stratégique de la plus grande importance. Enhardis par leur récente victoire, ivres d'eau-de-vie et pensant avoir affaire à des troupes démoralisées, les Prussiens, en colonnes nombreuses, ne tardèrent pas à nous attaquer. Repoussés, ils revinrent plusieurs fois à la charge, toujours sans le moindre succès. Dans ces tentatives, ils ont fait une perte énorme par le feu de notre artillerie qui les prenait de front et d'écharpe et par celui de l'infanterie. Leurs morts et leurs blessés couvraient au loin le terrain devant nous. Lorsqu'il fut bien démontré que nous ne pouvions être forcés et que les Prussiens n'auraient Namur que si nous voulions bien en sortir, nos troupes commencèrent à passer la Sambre et à remonter le défilé de la Meuse pour opérer leur rentrée en France. Le 3me corps, chargé de l'arrière-garde, tint dans la ville jusqu'au soir, afin de donner le temps de s'éloigner à cette énorme colonne embarrassée d'artillerie, de bagages et de blessés. A la nuit fermée, tout étant en sûreté, les dernières troupes françaises quittèrent Namur, où l'ennemi n'entra qu'après notre abandon volontaire.

Pendant cette longue journée d'hostilités, les habitants de Namur, sans paraître effrayés du vacarme, nous ont prodigué tous les soins imaginables. Dans chaque maison, on recevait nos blessés; des provisions étaient livrées en profusion aux soldats comme aux officiers, pas une cave n'était fermée. C'était à qui nous apporterait son offrande en vivres, en vin, en linge pour les pansements. Les femmes les plus élégantes, la plupart jolies, se montraient tout aussi empressées que celles du peuple. On entendait de tous côtés des paroles d'intérêt pour nous et des imprécations contre les Prussiens, démonstrations d'autant plus sincères que cette bonne population, si française, voyait bien que nous allions la quitter. Je ne saurais exprimer ce qu'il y avait de fraternel et de touchant dans cette manifestation si générale. Oh! souvenons-nous en, si, plus heureux un jour, nous reportons nos armes en Belgique. Nous avons trouvé là une sympathie qui fait honte à la France.

Au delà de Namur, le défilé protecteur dont je viens de parler est flanqué à gauche par la Meuse et à droite par une chaîne de hautes collines boisées. Dès le matin, notre matériel y était engagé. Nous l'avons remonté pendant toute la nuit du 20 au 21 sans être inquiétés.

Poursuivant au jour paisiblement notre retraite, nous avons atteint Dinant, petite ville dominée de tout côté, où l'on passe sur la rive droite de la Meuse.

Depuis Namur, une pluie continuelle était venue ajouter aux ennuis et aux fatigues de la retraite et gâter la route que nous suivions. Harassés, manquant de vivres, tourmentés do notre avenir, nous sommes rentrés tristement en France par ce Givet où j'ai passé jadis des jours de bonheur et d'insouciance. La population de cette ville n'a pas été peu surprise de voir passer tant de troupes si intactes et une aussi formidable artillerie, elle à qui la renommée avait persuadé que tout avait péri à Waterloo ou était resté entre les mains du vainqueur. Ces bruits exagérés, répandus bientôt parmi nos soldats, ont achevé de les abattre. Il n'y avait alors que 9 jours qu'ils étaient entrés en campagne, dans les meilleures dispositions, et à voir leur tenue négligée, leur mine allongée, leur affaiblissement physique et moral, ils semblaient succomber sous les fatigues et les privations d'une longue guerre. Il faut des succès aux Français: ils sont moins que des femmes dans les revers. L'armée, il faut le dire, n'a pas tenu ce qu'elle promettait. Nombre d'officiers ont manqué de résolution et d'énergie. A peine en France, nous avons été assaillis par des malveillants se faisant un plaisir de débiter les plus fâcheuses nouvelles et ne trouvant que trop de crédulité. Lorsqu'il fallait s'unir et se raidir contre l'adversité, on a tout fait pour annuler ce qu'il nous restait de vigueur et donner des facilités à l'invasion. Pauvre France! ton heure était sonnée.

Chaillac (Indre), 4 août 1815.

Le 22 juin, mon corps d'armée, qui avait passé la nuit précédente dans Givet, est allé bivouaquer non loin de Rocroy, près du hameau de Hiraumont. Il pleuvait fort, et, malgré toutes les précautions, les habitants du voisinage ont eu à souffrir de l'indiscipline de nos soldats qui cherchaient partout des vivres et de quoi s'abriter. Ces excès et l'approche de l'ennemi jetaient l'épouvante dans la population.

Les Ardennais, qui sont en assez grand nombre dans nos régiments, se voyant dans leur pays et jugeant que le mauvais état de nos affaires leur donnait la facilité de s'affranchir du joug militaire, ont commencé, le 23, à déserter pour rentrer chez eux. Le bourg de Maubert-Fontaine avait été pillé, trois jours auparavant, par les fuyards de l'armée mise en déroute à Waterloo. Ses habitants tremblaient avec raison en songeant à l'invasion étrangère, car, dans la dernière campagne, femmes et filles y furent toutes violées et le bourg mis sens dessus-dessous. Ils se sont sans doute trompés en conjecturant que les palissades dont ils ont récemment fortifié leurs foyers pouvaient les préserver du retour de pareilles calamités.

La pluie a continué le 24, comme les jours précédents, et nous en avons d'autant plus souffert que nous suivions de mauvaises routes de traverse. Après avoir ainsi avancé péniblement au milieu des bois et des collines des Ardennes, nous nous sommes mis à l'abri tant bien que mal dans le village de Wagnon.

Le 25, nous avons traversé la petite ville de Réthel pour aller coucher au village de Bergnicourt. La désertion des soldats ardennais a continué.

Reims nous a logés le 26, et là nous avons pu voir combien peu il y a unanimité dans notre esprit public. Tandis que les malheurs de l'armée affligeaient les uns, les autres affichaient une insolente joie de sa défaite, se montrant satisfaits de l'approche de l'ennemi. Voilà où en est la France.

Ma brigade a logé, le 27, au village de Courcelles, mauvais gîte. J'y ai occupé une maison de campagne appartenant au général de Vaubois.

Une marche forcée nous a portés, le 28, à Braisne-sur-Vesle et ensuite à Soissons, où l'on travaillait, en toute hâte, à des travaux de fortification qui ne devaient pas être un grand obstacle à l'invasion. Apprenant là que l'ennemi occupait en force Compiègne et que le général Pajol, qui s'avançait devant nous vers Paris avec sa division de cavalerie, venait de se voir enlever, par sa faute, son artillerie, à Villers-Cotterêts, nous avons pris une route à gauche qui, par Laferté-Milon (patrie de Racine), nous a conduits au village de Billemont, où nous sommes arrivés bien fatigués. Ce jour-là, j'ai remarqué avec douleur que les villes, et encore plus les villages, avaient déjà été abandonnés par leurs habitants qui redoutent nos propres pillards presque autant que ceux de l'ennemi.

Une autre marche forcée nous a fait traverser Meaux et Lagny, le 29, pour aller bivouaquer auprès du village de Champs, rive gauche de la Marne. Nous n'avons pas été inquiétés par l'ennemi, déjà posté sur la rive opposée, et qui cependant avait beau jeu de le faire pendant notre long mouvement de flanc.

Le 30, après avoir repassé la Marne à Saint-Maur, et dépassé Vincennes, notre corps d'armée est entré à Paris par la barrière du Trône, en est sorti par celle d'Enfer et a campé aux portes de la capitale, dans la plaine de Montrouge, sur la route d'Orléans.

Le 1er juillet s'est passé sans événement dans ce camp; mais le 2, nous avons fait un mouvement vers Grenelle parce que l'ennemi, qui avait manœuvré par la vallée de Montmorency, venait de passer la Seine au-dessous de Paris et s'était montré à Saint Germain et à Versailles. Il y avait là de sa part une grande imprudence. Si on avait appuyé vigoureusement alors la cavalerie d'Excelmans qui eut un brillant engagement avec celle des Prussiens dans les rues mêmes de Versailles, on pouvait obtenir un avantage signalé sur des troupes si témérairement aventurées; mais il était écrit que tout devait tourner contre nous et que notre inaction inconcevable permettrait aux vainqueurs les entreprises les plus folles. Excelmans, non secondé, dut revenir sur ses pas. Un feu de tirailleurs, qui se montra à nos yeux vers Meudon, ne put réveiller l'apathie de nos chefs, sitôt découragés, et nous rentrâmes dans notre camp de Montrouge.

Les autres corps français qui passaient successivement sur la rive gauche de la Seine vinrent, le 3, se réunir à nous, et alors le maréchal Davoust, qui avait pris le commandement en chef, se trouvait à la tête d'une armée assez nombreuse pour livrer bataille aux portes de Paris. Nous manœuvrâmes dans cette espérance, mais la journée s'écoula sans que l'ennemi fît mine de relever le gant que nous lui jetions. Il savait déjà que Paris et la France lui seraient livrés sans combat. L'Empereur n'était plus là, et la discorde, la peur et la trahison avaient leurs coudées franches.

Dans la matinée du 4, nous apprîmes au camp que la mesure d'infamie était comblée. Par une détestable capitulation où rien n'était stipulé pour les droits du pays et les intérêts de l'armée, des gens sans mission avaient arrêté avec Son Altesse Blücher et Son Excellence Wellington que Paris serait ouvert aux alliés et que les troupes françaises se retireraient sur-le-champ au delà de la Loire, abandonnant ainsi la patrie sans y être contraintes par le sort des armes. On peut répéter, en parlant des Français qui ont osé mettre leur nom au bas d'une semblable convention, ce que Napoléon disait de Dupont à Baylen: Comment leur main ne s'est-elle pas desséchée en signant? En a percevant une telle lâcheté dans notre histoire, la postérité aura peine à concevoir comment il a pu se faire qu'une armée française ait ainsi passé sous les fourches caudines devant des Prussiens et des Anglais qui avaient tout au plus des forces égales à la sienne, et qui devaient être écrasés avant que les Russes et les Autrichiens, leurs alliés, pussent les secourir.

A peine l'armée eut connaissance de la capitulation que nos soldats, excités par une foule d'ouvriers, de fédérés et de gens de mauvaise mine, qui ne demandaient que le pillage, parlaient de se ruer sur Paris, disant qu'il fallait y aller punir les traîtres, et qu'il valait mieux prendre ce qui était à leur convenance que de l'abandonner à l'ennemi. Si, dans ce moment, les officiers n'avaient pas été écoutés, d'incalculables malheurs en eussent résulté. Paris ne sait peut-être pas quel danger il a couru alors. Nous fûmes assez heureux pour chasser du camp les agitateurs étrangers à nos rangs, et empêcher nos soldats de pénétrer par les barrières dans la capitale, mais ce ne fut pas sans peine.

Pour une partie de notre armée, le mouvement de retraite vers la Loire avait commencé le 4. Le 3me corps suivit, le lendemain, non sans maudire à haute voix les promoteurs de semblable turpitude. Dans la soirée, nos bivouacs furent établis près d'Arcueil, route d'Orléans, à la vue des postes d'un corps prussien qui suivait et surveillait notre marche. Les habitants, que les maraudeurs français et ennemis molestaient en même temps, prenaient la fuite; l'indiscipline et la désertion affaiblissaient nos rangs, comme il était facile de le prévoir en pareille conjoncture; tout contribuait à notre désolation.

La réception faite à Orléans à notre armée a été plus que froide. On nous a laissé voir clairement combien d'espérances coupables y réveillaient nos malheurs et la nouvelle abdication de l'Empereur. Les Prussiens, qui nous suivaient, ont, sans nul doute, été bien autrement accueillis. On pensait plus noblement à Orléans lorsque cette fameuse Pucelle qui en a pris son glorieux surnom, et dont la statue décore une de ses places, y combattait pour l'expulsion de ces mêmes Anglais qu'on va y traiter en frères aujourd'hui. Hélas! il est passé le temps où il suffit d'une jeune fille pour débarrasser la France de ses éternels ennemis. Ils occupent aujourd'hui notre capitale et personne ne songe à les en chasser. L'armée qui aurait pu la préserver de cette souillure se retire honteusement sans combattre. Que nous sommes dégénérés!

Le 3me corps a passé la nuit du 10 au 11 à Orléans. L'armée, dite de la Loire, a eu là connaissance de l'ordre suivant:

ORDRE DU JOUR

SOLDATS! votre conduite mérite des éloges. Les malheurs qui ont affligé nos armes n'ont point abattu votre courage. Vous vous êtes ralliés autour de vos chefs; et lorsque la malveillance publiait déjà qu'il n'existait plus d'armée, vous avez, par une attitude imposante, conquis l'estime de vos ennemis.

Un traité honorable est signé; la capitale de la France n'éprouvera aucun des malheurs de la guerre: elle vous devra sa conservation.

Officiers et Soldats, nous nous retirons derrière la Loire: nos intérêts ne peuvent être séparés de ceux de la Patrie; en nous éloignant de Paris, nous restons unis d'intention avec ses Habitants et ceux du reste dela France. Nous gardons les couleurs nationales; nous demandons la paix, mais nous voulons conserver l'honneur acquis par de si longs et de si pénibles travaux, et nous attendrons d'une manière impassible l'effet des négociations qui doivent fixer le sort de tous.

Votre devoir à l'armée était de combattre avec courage, et vous l'avez rempli. Votre devoir, au moment où vous allez prendre des cantonnements dans l'intérieur de la France, est une exacte discipline, et je l'attends de vous.

Que les Chefs restent constamment avec leurs Soldats; que les propriétés soient respectées, et que les Habitants reconnaissent en vous leurs frères et leurs défenseurs.

Que les régiments marchent en bon ordre, et qu'aucun conseil perfide n'arrive jusqu'à vous. L'armée trouvera son salut dans la contenance qu'elle tiendra; et celui qui pourrait abandonner ses drapeaux malheureux n'était pas digne de les suivre aux jours de gloire.

Au quartier général à Paris, le 4 juillet 1815.

Le ministre de la Guerre, commandant en chef l'armée,
Signé:
Maréchal Prince d'ECKMUHL.

Pour ampliation:

Le maréchal-de-camp, chef de l'état-major général,
Comte GUILLEMINOT.

Brave et digne maréchal Davoust, dont le cœur est si français et les mains si pures, comment pouvez-vous qualifier d'honorable l'infâme traité qui vient de livrer Paris aux étrangers? Vous avez été mieux inspiré en traçant ces autres lignes que j'ai soulignées. Oui, celui qui abandonne ses drapeaux malheureux n'était pas digne de les suivre aux jours de gloire. Et combien de mauvais Français se sont couverts de cette honte, même parmi les officiers et les hommes d'un rang plus elevé, depuis que la fortune nous accable de ses rigueurs!

Chaillac (Indre), 6 août 1815.

Après avoir quitté Orléans et passé la Loire, le 11 juillet, le 3e corps a tourné à gauche pour remonter ce fleuve par Jargeau.

Le 12, l'ennemi montrant quelques troupes sur la rive droite, on en conclut, à tort, je pense, que, sans égard pour la capitulation de Paris, il avait l'intention de passer sur la rive gauche et de nous attaquer. Dans cette supposition, notre division se concentra à Jargeau, où elle resta en observation, mais sans hostilités, les deux jours suivants.

C'est sur ces entrefaites que nous n'avons pas été médiocrement surpris de voir arriver à notre quartier général des envoyés vendéens et chouans venant franchement nous offrir la coopération de tout ce qui pouvait porter les armes dans leur pays pour, de concert avec nous, marcher sur Paris et en chasser les armées étrangères. Ils ont été accueillis avec cordialité, mais leurs offres si patriotiques, si touchantes, n'ont pas été acceptées. Pour mettre à profit un aussi noble dévouement, il fallait un autre homme que le maréchal Davoust, général énergique et capable sans doute, mais trop habitué à obéir et à recevoir l'impulsion pour prendre sur lui la responsabilité d'une aussi hardie entreprise. Oh! pourquoi a-t-il sitôt désespéré de sa fortune et abandonné la France? C'était à lui qu'il appartenait de réunir les braves de toutes les opinions sous un même drapeau. En rassemblant les débris encore imposants de ses armées et appelant à l'aide les bandes vendéennes, dont la valeur est incontestable, nous eussions pu reprendre l'offensive et faire de nouveaux miracles. Le héros s'est laissé abattre comme un homme ordinaire: Qui l'eût cru?

Le 16 juillet, laissant seulement quelques faibles postes de nos troupes pour garder les passages de la Loire et jalonner ainsi la frontière du territoire que le vainqueur veut bien nous abandonner, l'armée s'est mise de nouveau en mouvement.

Lagerie, près Puy-1'Evêque (Lot), 23 août 1815.

Nous voilà bien loin des postes que notre armée a laissés sur la Loire, pour en garder la rive gauche, et s'il plaît à l'ennemi de les inquiéter, ce n'est pas nous qui sommes à portée de les secourir. Mais il s'agit bien de tout cela.

Pendant une halte que nous avons faite en Berry, l'armée de la Loire a perdu son estimable commandant en chef, le maréchal Davoust, qui a été remplacé par le maréchal Macdonald. D'après les bruits qui ont circulé alors parmi nous et qui se confirment aujourd'hui, le premier, s'apercevant qu'il n'était question de rien moins que du licenciement total des armées françaises, n'a pas voulu prendre part à cette nouvelle infamie, et le second, plus docile apparemment, a consenti à lui succéder pour mettre à fin une mesure qui va achever de livrer la France à la discrétion de l'étranger.

Lagerie (Lot), 9 septembre 1815.

A force d'échelonner et de disperser cette pauvre armée de la Loire, je crois qu'enfin elle est arrivée au point où on voulait la mettre pour l'anéantir en toute sécurité. Les corps qui la composent sont éparpillés de façon à ne pouvoir se prêter appui au besoin; les populations parmi lesquelles on nous a jetés sont loin d'avoir pour nous de la sympathie; notre nouveau général en chef est dévoué à qui veut notre ruine. Tout cela marche à merveille. Bientôt il n'y aura plus en France d'armée nationale. N'avons-nous pas pour nous garder tous les soldats de l'Europe?

Arrivé le 15 août à Cahors, mon régiment en est parti le lendemain pour descendre la rive droite du Lot et loger à Prayssac, village qui doit s'honorer d'avoir vu naître le bon et brave maréchal Bessières. Le 17, il a occupé Puy-1'Evêque, qui est à huit lieues de poste [ca. 31 km, une lieue de poste a 3898 mètres] de Cahors, et plusieurs communes environnantes et, depuis lors, il n'est plus question de nouveaux mouvements.

Puy-1'Évêque, centre de mes cantonnements, est le point où je devrais résider. J'ai préféré m'établir à Lagerie, dans une assez jolie maison de campagne qui n'en est pas éloignée.

Lagerie, 13 septembre 1815.

Les habitants des villages où cantonnent nos troupes dans ce pays inhospitalier, poussés par des prêtres et des nobles qui restent dans l'ombre, sont on ne peut plus mal disposés à notre égard, et ne visent à rien moins qu'à nous désarmer de leurs mains pour rendre notre ruine plus facile. Plusieurs tentatives ont déjà eu lieu dans ce but, entre autres sur une compagnie du 31e d'infanterie légère qui, pendant la nuit, s'est vu enlever à la fois tous ses fusils dans les maisons qui la logaient. Informé d'un tel affront, j'ai ordonné à mes hommes de ne jamais perdre de vue leurs armes et de les placer sous la paillasse de leur lit pendant le sommeil. C'est sous l'impression de cette crainte que je reçois, il y a peu de jours, d'un de mes chefs de bataillon cantonné à Prayssac avec deux compagnies, un rapport par lequel cet officier supérieur m'apprend à n'en pas douter que les paysans du lieu, aidés de ceux du voisinage, complotent de profiter d'une grande foire qui, le lendemain, doit réunir beaucoup de monde, pour attaquer et désarmer nos gens. Avec ce rapport était une lettre du maire de Prayssac, brave homme mais fort peureux, qui me supplie de retirer mon détachement, pendant 24 heures, pour éviter, dit-il, une agression imminente pouvant avoir de funestes suites. Voici mes réponses aux deux dépêches:

« Mon cher commandant, demain votre détachement sortira de Prayssac avec armes et bagages une heure avant le jour, pour prendre position sur la hauteur la plus voisine à la vue de l'emplacement de la foire. Il sera rejoint dans ce lieu par les six autres compagnies de votre bataillon, auxquelles je donne des ordres en conséquence. Ainsi établi, vous veillerez à ce que, sous aucun prétexte, vos hommes ne s'éloignent et surtout que pas un d'eux ne se montre sur le terrain de la foire. Vous ne rentrerez dans vos logements de Prayssac que quand vous vous serez assuré que les paysans étrangers au village se sont éloignés pour retourner chez eux. Si, dans la journée, ils s'approchent de votre position, vous les empêcherez de dépasser le cordon de vos sentinelles. Si de loin ils vous disent des injures, vous aurez l'air de ne pas les entendre. Si l'on en vient envers vous à des voies de fait, vous repousserez la force par la force. A cet effet, je vous envoie trois mille cartouches. Agissez avec prudence; ne faites usage de vos armes qu'à la dernière extrémité; mais souvenez-vous, quoiqu'il en puisse arriver, qu'il ne faut pas qu'on dise que le 22e de ligne a été désarmé par des paysans. »

« Monsieur le Maire, j'ai reçu la lettre par laquelle vous me donnez avis que les habitants de Prayssac et des environs ont résolu de profiter du rassemblement d'une foire pour essayer de désarmer les deux compagnies de mon régiment qui sont cantonnées dans votre commune, et me priez de les éloigner momentanément.

« Les emplacements qu'occupent mes subordonnés ont été déterminés par l'officier général sous le commandement duquel je me trouve, et je ne veux ni ne puis les abandonner sans son ordre. Mes deux compagnies resteront donc à Prayssac. Je leur enjoins de se tenir à l'écart et sur leurs gardes pendant la journée de la foire, et de ne se servir de leurs armes que si on les attaque à force ouverte. Elles seront alors dans le cas d'une légitime défense. De votre côté, monsieur le Maire, veuillez user de votre influence et de votre autorité pour empêcher une agression qui aurait nécessairement les suites que vous redoutez pour votre population. »

Mes deux lettres et les cartouches parties, je donne ordre aux six compagnies d'aller renforcer celles de Prayssac, en marchant la nuit, de manière à arriver avant le jour, et de ne quitter Prayssac pour rentrer chez elles que lorsque le chef de bataillon jugera n'avoir plus besoin d'elles.

Tout a été exécuté comme je l'avais prescrit. Le lendemain, il n'était pas jour que le bataillon s'établissait sur une hauteur qui commande le terrain de la foire, et s'y environnait de sentinelles pour éviter une surprise. Dès que le soleil se montra à l'horizon, les paysans commencèrent à affluer par toutes les routes. A dix heures du matin, la foule des acheteurs et des vendeurs était au grand complet. Vers deux heures après midi, tout paraissant paisible devant lui, mon chef de bataillon commençait à croire que nos alarmes n'avaient point de fondement ou que le nombre et l'attitude silencieusement militaire de nos gens et l'éclat de leurs armes qui brillaient au soleil avaient refroidi l'ardeur belliqueuse des malintentionnés. C'était le calme précurseur de la tempête. Les fanfarons étaient dans les cabarets pour se concerter, s'animer et se donner du cœur à force de vin. Bientôt on les vit s'approcher par groupes, chantant et braillant au nombre d'un millier environ. Quand ils furent à proximité, ils s'arrêtèrent comme pour se renforcer et s'entendre; puis, divisés en petites colonnes, ils montèrent bravement vers le bataillon en s'animant par des cris sauvages et vomissant toutes les injures imaginables. Dès que le chef de bataillon vit le mouvement agressif se prononcer ainsi, il fit faire un roulement par tous ses tambours. A ce signal, les faisceaux sont rompus, les sentinelles avancées rentrent, la troupe s'aligne et, l'arme au bras, elle attend. En entendant ce roulement et le cliquetis d'armes qui en fut la suite, les assaillants s'arrêtent, se taisent, regardent et paraissent irrésolus, puis ensemble ils s'ébranlent de nouveau vers nos gens, vociférant à qui mieux mieux, et bientôt les pierres commencent à pleuvoir sur le bataillon immobile. Fidèle à mes ordres, jusque-là le chef de bataillon avait paru impassible et ne faire nul cas des cris et des injures; mais quand il vit que l'affaire devenait sérieuse, de sa voix tonnante il commande la charge à volonté, ce qui étant rapidement exécuté, le bataillon reste au port d'armes prêt à commencer le feu. A ce commandement de chargez vos armes, les assaillants avaient fait halte pour la troisième fois et leurs mains ne lançaient plus de pierres; tout à coup, s'apercevant aux lambeaux de papier que le vent leur porte par centaines que réellement les fusils viennent de recevoir une cartouche, ils se disent entre eux: ils vont tirer! ils vont tirer! A cette exclamation, qui bientôt se répète sur toute leur ligne, les plus avancés se replient vers ceux qui les suivent, ceux-ci font demi-tour avec prestesse, tout fuit et ce millier de garnements arrive à toutes jambes au milieu de la foire criant à tue tète: Sauvez-vous, ils vont tirer. La peur est fort contagieuse; elle s'empare à l'instant de cette multitude qui couvre la plaine. Alors se développe avec une merveilleuse rapidité un désordre inexprimable. C'est à qui se mettra plus tôt à l'abri de nos balles; on se précipite, on se heurte, on se renverse; les hommes crient, les femmes se lamentent, les enfants hurlent, partout retentit le terrible sauve qui peut; les boutiques sont culbutées, les marchandises foulées aux pieds, les troupeaux abandonnés; l'effroi et la désolation sont au comble. En peu d'instants, le théâtre de la foire, entièrement évacué et couvert de débris de toute espèce et d'animaux sans maître, ressemble à un champ de bataille, et toujours les paysans de s'enfuir dans toutes les directions pour regagner leurs villages, sans se donner le temps de regarder derrière eux. Dans son rapport mon chef de bataillon me dit qu'il faut avoir vu l'effet de telle terreur panique pour s'en donner une idée. C'était, dit-il, a se pâmer de rire.

Le maire de Prayssac, qui se mourait de peur encore plus que les fuyards, a fini par être enchanté de voir l'orage ainsi évanoui. Il a employé le reste du jour à réunir les bêtes à cornes, les moutons, les chevaux, les chariots, les marchandises et même les enfants abandonnés dans cette risible déroute, afin de pouvoir les restituer aux propriétaires quand ils oseront se présenter; mais que d'objets perdus, combien de petits marchands dépouillés! La foire de Prayssac fera époque dans le pays.

La journée critique ainsi heureusement terminée, au soir le bataillon est rentré dans ses divers cantonnements. Depuis lors tout est calme dans les villages occupés par mon régiment, et il est à remarquer que maintenant les paysans saluent mes officiers, ce qui ne leur était pas encore arrivé.

Cahors, 4 octobre 1815.

Toute incertitude a cessé; l'armée française va être licenciée en totalité. Cet arrêt de mort a sans doute été porté le jour même où Louis XVIII est rentré aux Tuileries; mais il y avait des précautions à prendre pour rendre impossible toute résistance, et il faut convenir qu'en cela les vues de notre gouvernement restauré, et plus encore celles de ses protecteurs, ont été servies à souhait. Il y a eu d'une part beaucoup d'adresse, et de la nôtre une docilité dont personne apparemment ne s'avisera de nous savoir gré.

La poire ayant été jugée assez mûre pour être cueillie, mon régiment a quitté ses cantonnements de Puy-1'Évèque, afin de se rapprocher de Cahors, où devait s'accomplir l'œuvre impie du désarmement et du licenciement des divers corps stationnés dans le département du Lot. Parti le 16 septembre, il a logé, ce jour et le lendemain, à Espère et autres villages à proximité, et, le 18, dans Cahors.

Il y a cinq jours que pour nous le pénible sacrifice est consommé. Tout ce qui depuis Waterloo était resté fidèle à mon aigle a déposé ses armes et s'est dispersé aussitôt sans un seul acte d'insubordination. L'heure de cette opération a été une des plus tristes de ma vie. Quoique je ne fusse à la tête du 22me régiment que depuis quelques mois, les braves qui m'avaient suivi avec constance, de la Belgique ici, s'étaient attachés à moi dans le malheur peut-être plus étroitement qu'ils ne l'eussent fait dans la prospérité, car rien ne rapproche les hommes comme une commune infortune. De mon côté, je les regardais et les traitais comme mes enfants. Aussi le moment de la séparation a-t-il été déchirant. Officiers, sous-officiers et soldats baisaient l'aigle qu'on allait leur ravir, s'embrassaient entre eux, m'assiégeaient pour me saluer une dernière fois et me prendre la main, et que de pleurs coulaient parmi ces protestations de respect, d'amitié et ces recommandations de souvenir! Réunis autour de moi comme autour de leur père, mes dernières paroles ont été pour leur recommander de se conduire sagement en route et dans leurs foyers, afin de soutenir ainsi l'honneur du régiment, même après sa destruction, et de donner un éclatant démenti aux infâmes qui ont osé nous qualifier de brigands de la Loire. Je n'ai pu en dire davantage, car les efforts que je faisais pour ne pas mêler mes larmes à celles de ces braves gens empêchaient mes paroles de couler. Après un dernier adieu, ils se sont tristement éloignés dans diverses directions, un bâton à la main, pour regagner le toit paternel, et je suis resté seul ... Il faut connaître combien il y a de force dans le lien qui unit les hommes d'un même régiment, dans le fanatisme du drapeau, dans l'attachement réciproque des chefs et des subordonnés, pour apprécier toute l'amertume d'une pareille dissolution. Je n'oublierai jamais cette scène finale du grand drame de Waterloo.

 

Tombe.
Tombe de la famille
du général
Fantin des Odoards
sur le cimetière de
Taverny (Val d'Oise).










L'inscription dit:

Fantin des Odoards.

LE GENERAL
FANTIN DES ODOARDS
NE A AMBRUN
LE 23 DECEMBRE 1778.
MORT A PARIS
Le 18 MAI 1866
DANS SA 88EME ANNEE.



... retourner à la page d'accueil